Comment faire du purin d'ortie : recette et dosage

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Comment faire du purin d'ortie : recette et dosage

Le purin d’ortie se prépare avec 1 kg d’orties fraîches pour 10 litres d’eau de pluie, laissés fermenter à couvert avec un brassage quotidien, puis filtrés. Dilué avant emploi, il sert d’engrais azoté au pied des cultures et de stimulant en pulvérisation foliaire. Comptez trois à quatre jours à 18 °C pour la version officielle.

La recette de référence : 1 kg d’orties pour 10 litres d’eau

La France possède une recette officielle, ce qui est rare pour une préparation de jardinier. L’arrêté du 18 avril 2011, publié au Journal officiel, autorise la mise sur le marché du purin d’ortie et détaille en annexe son mode opératoire : 1 kg de feuilles d’orties jeunes pour 10 litres d’eau, de pluie ou de source de préférence, sans aucun autre ajout.

Cette proportion n’a rien d’arbitraire. Trop d’orties, et la fermentation s’emballe en produisant une bouillie qui pourrit au lieu de fermenter. Trop peu, et vous obtenez une eau à peine colorée, sans effet notable sur vos plants.

Le matériel qui ne fausse pas la préparation

  • Un contenant plastique, en bois ou en grès, jamais en métal : les parois métalliques réagissent avec les acides de la fermentation
  • Un couvercle posé sans serrer, ou une planche : les gaz doivent s’échapper
  • Un bâton dédié au brassage, assez long pour atteindre le fond
  • Une toile de jute, une vieille taie ou un filet à linge pour le filtrage
  • Des gants épais et un sécateur pour la récolte
  • Un bidon opaque et hermétique pour le stockage final

Installez le fût à l’ombre, à l’écart des fenêtres et de la terrasse. L’odeur d’un purin en pleine activité traverse un jardin.

Les gestes, dans l’ordre

  1. Récoltez et pesez 1 kg d’orties fraîches, feuilles et tiges tendres
  2. Hachez-les grossièrement au sécateur pour accélérer l’extraction
  3. Placez-les dans le fût, versez 10 litres d’eau non chlorée
  4. Couvrez sans fermer, laissez à l’ombre
  5. Brassez une fois par jour, franchement, jusqu’au fond
  6. Filtrez dès que le brassage ne produit plus de mousse

Le hachage n’est pas un détail de confort. Une ortie entière libère ses composés lentement, une ortie coupée en morceaux de 5 centimètres les libère en quelques jours.

Feuilles d’orties fraîches hachées au-dessus d’un fût en plastique rempli d’eau de pluie dans un jardin

Récolter les orties au bon stade

Avant la floraison, toujours

L’arrêté de 2011 vise les feuilles d’ortie, fraîches ou séchées, du genre Urtica. La grande ortie (Urtica dioica), vivace et haute, et l’ortie brûlante (Urtica urens), plus petite et annuelle, conviennent toutes les deux.

Coupez les tiges avant qu’elles ne montent en graines. Une ortie jeune, cueillie au printemps ou après une repousse d’été, concentre l’essentiel de ses réserves dans son feuillage. Une ortie montée en graines a déjà transféré ces réserves vers sa descendance : le purin qui en sort est plus pauvre.

Ne rasez pas votre coin d’orties. Ces plantes hébergent les chenilles de plusieurs papillons, dont le paon-du-jour et la petite tortue. Prélevez la moitié du massif, laissez le reste debout.

Les zones de cueillette à écarter

  • Les bords de route et les talus d’autoroute, chargés en métaux lourds
  • Les abords de champs cultivés en conventionnel, exposés aux dérives de traitements
  • Les pieds de mur et les vieux bâtiments, où le plomb des anciennes peintures persiste
  • Les fossés recevant les eaux de ruissellement d’une zone d’activité

Une ortie concentre ce que le sol lui donne. Récoltée dans un endroit sain, elle produit une préparation saine. Le même raisonnement guide vos achats alimentaires : la qualité d’un produit se joue d’abord sur son lieu de production, comme le montre notre guide du calendrier des produits bio de saison.

Piloter la fermentation sans la rater

La macération officielle dure trois à quatre jours à 18 °C, selon l’annexe de l’arrêté du 18 avril 2011. Cette durée est une référence, pas une règle absolue : elle suppose une température stable. En mai, dans un fût posé au nord par 12 °C, la fermentation traîne et demande une semaine, parfois deux. En plein août à 28 °C, elle s’emballe et se termine en 48 heures.

Le thermomètre compte donc plus que le calendrier. Un purin trop chaud fermente vite mais s’acidifie, un purin trop froid stagne et se met à sentir la vase.

Les signes d’une fermentation terminée

  • Le brassage ne fait plus remonter de mousse en surface
  • Les bulles cessent de crever au moment où vous remuez
  • Les feuilles se sont désagrégées et coulent au fond
  • Le liquide a viré au brun sombre, presque noir
  • L’odeur devient piquante et stable, sans évoluer d’un jour à l’autre

L’arrêté précise que le filtrat doit afficher un pH de 6 à 6,5 environ. Sans bandelette, le test de la mousse suffit : c’est le signal le plus fiable dont dispose un jardinier.

Ce qui se passe si vous attendez trop

Un purin oublié trois semaines ne devient pas toxique, il devient déséquilibré. Les composés azotés se dégradent, une partie de l’azote part dans l’air sous forme d’ammoniac, et le liquide perd de sa valeur fertilisante. Le brassage quotidien évite cette dérive : il réoxygène le mélange et empêche la putréfaction anaérobie, celle qui donne l’odeur d’œuf pourri.

Filtrer, diluer, conserver

Le filtrage se fait en deux temps. Un premier passage à travers un filet retient les débris grossiers, un second à travers un tissu serré retire les fines particules qui boucheraient un pulvérisateur.

Les résidus solides ne se jettent pas. Ils rejoignent le compost, où ils jouent le rôle d’activateur, ou le pied d’une plante gourmande, en paillage. Cette logique du zéro perte irrigue tout le jardin bio, exactement comme en cuisine avec nos astuces pour un quotidien zéro déchet.

Les dilutions qui font foi

L’arrêté de 2011 prévoit de diluer le filtrat dans environ cinq fois son volume d’eau avant application, en traitement du sol ou en pulvérisation foliaire. Les jardiniers travaillent souvent plus dilué encore, et cette prudence a du sens : un purin concentré brûle les racines superficielles et le jeune feuillage.

  • Arrosage au pied, effet engrais : 1 volume de purin pour 10 volumes d’eau
  • Pulvérisation sur le feuillage, effet stimulant : 1 volume pour 20
  • Trempage des racines avant repiquage : quelques minutes dans une solution très diluée
  • Activation d’un compost qui ne monte pas en température : pur, en petite quantité

Commencez toujours par la dilution la plus faible sur un seul plant, observez pendant 48 heures, puis généralisez.

Une conservation qui tient l’année

Le purin filtré se garde près d’un an au frais dans un récipient hermétiquement fermé, indique l’arrêté du 18 avril 2011. Remplissez le bidon à ras bord pour chasser l’air, choisissez un contenant opaque et rangez-le au sous-sol, au garage ou dans un cellier. La lumière et l’oxygène sont ses deux ennemis.

Bidon opaque et arrosoir posés sur un sol de cave, filtrat brun sombre versé à travers une toile de jute

Utiliser le purin d’ortie au potager

L’arrêté du 18 avril 2011 reconnaît trois usages : fongicide, notamment contre le mildiou, insecticide, principalement contre les pucerons et les acariens, et activateur ou régulateur de croissance végétale. Le règlement d’exécution (UE) 2017/419 du 9 mars 2017 a confirmé cette approche à l’échelle européenne en approuvant l’ortie comme substance de base pour des usages insecticide, acaricide et fongicide.

En arrosage : le coup de fouet azoté

Réservez l’arrosage aux cultures gourmandes, en pleine phase de croissance foliaire :

  • Tomates, jusqu’à l’apparition des premières fleurs
  • Courgettes, courges et potirons
  • Choux, poireaux et céleris
  • Salades et épinards, sur un sol pauvre
  • Jeunes plants repiqués, pour accélérer la reprise

Un arrosage tous les 15 jours suffit largement. Doubler la fréquence ne double pas la récolte : cela produit des plants gorgés d’azote, mous et attractifs pour les pucerons.

En pulvérisation : stimuler plutôt que traiter

Pulvérisé très dilué sur le feuillage, tôt le matin ou en soirée, le purin d’ortie renforce les plants et gêne l’installation des pucerons. Ne le vendez pas comme un insecticide de choc : sur une colonie déjà installée, un jet d’eau puissant et du savon noir font mieux. Le purin travaille en amont, sur la vigueur de la plante.

Cette approche préventive rejoint celle du compagnonnage végétal, où les associations de plantes en permaculture font une bonne partie du travail de protection à votre place.

Les erreurs qui coûtent une récolte

  • Arroser des plants en pleine floraison : l’arrêté recommande d’éviter ces applications, et l’azote relance les feuilles au détriment des fruits
  • Traiter en plein soleil : le feuillage humide brûle
  • Utiliser le purin pur : les racines fines n’y résistent pas
  • L’employer sur les légumes-racines, carottes, radis, navets, qui font alors du feuillage et peu de racine
  • L’apporter en fin de saison, quand la plante doit mûrir ses fruits et non repartir

Rangs de tomates et de courgettes arrosés au pied avec un arrosoir dans un potager en été

Faire un purin d’ortie sans odeur : ce qui marche

L’odeur du purin vient de la fermentation anaérobie, celle qui s’installe quand le mélange manque d’oxygène. Quatre gestes la réduisent nettement :

  • Brasser tous les jours, sans exception, y compris le week-end
  • Arrêter la fermentation dès que la mousse disparaît, sans laisser traîner
  • Filtrer immédiatement, puis fermer le bidon à ras bord
  • Travailler à l’ombre, à température modérée, jamais en plein soleil

La macération courte est l’autre solution. En laissant les orties tremper 12 à 24 heures seulement, vous obtenez un extrait non fermenté, presque inodore, utile en pulvérisation contre les pucerons. Il ne remplace pas le purin comme engrais, car l’azote n’a pas eu le temps de passer en solution.

Un purin bien conduit sent fort, mais sent le végétal fermenté, pas l’égout. Une odeur de putréfaction signale un brassage négligé.

Pourquoi le purin d’ortie passe pour interdit

La question revient à chaque printemps sur les forums de jardinage. L’origine du malentendu tient à l’article 70 de la loi d’orientation agricole du 5 janvier 2006, qui interdisait la publicité et la recommandation de produits phytopharmaceutiques dépourvus d’autorisation de mise sur le marché. Les préparations à base de plantes tombaient dans cette catégorie, et la diffusion de leurs recettes est devenue un terrain juridique flou. La « guerre de l’ortie » qui a suivi a mobilisé jardiniers, associations et parlementaires.

Le dénouement est venu par étapes. L’arrêté du 18 avril 2011 a autorisé la mise sur le marché du purin d’ortie comme préparation naturelle peu préoccupante, avec la mention « emploi autorisé dans les jardins ». Le règlement d’exécution (UE) 2017/419 du 9 mars 2017 a approuvé l’ortie comme substance de base à l’échelle européenne. Fabriquer son purin pour son propre potager n’a, en réalité, jamais été illégal.

Le contexte a même basculé dans l’autre sens. Depuis le 1er janvier 2019, la loi dite Labbé interdit aux jardiniers amateurs d’acheter, d’utiliser et de stocker des pesticides chimiques de synthèse. Les préparations de plantes ne sont plus une curiosité militante : elles constituent l’une des rares réponses disponibles pour nourrir et protéger un potager.

Prochaine étape : repérez votre station d’orties, préparez un premier fût de 10 litres et testez-le sur trois pieds de tomates avant de traiter tout le rang. Si vous partez de zéro côté culture, notre guide pour créer votre premier potager bio pose les bases, sol, exposition et rotation, sur lesquelles le purin viendra ensuite s’appuyer.